Circuits
Légendes de Samarcande : 11 histoires et où les entendre
Équipe AroundCA

Lieux cités dans cet article : Samarcande

Légendes de Samarcande : 11 histoires et où les entendre

Demandez à n’importe qui à Samarcande pourquoi le pain y est meilleur, et l’on vous parlera d’un khan de Boukhara et d’un boulanger qui ne put emporter l’air avec lui. Interrogez-le sur le portail de , et l’histoire bascule vers un baiser. Cette ville s’explique par ses légendes, et ses habitants les racontent avec le plus grand sérieux et un sourire.

Nous sommes une agence de Tachkent, et nos guides racontent ces histoires à Samarcande depuis vingt ans. En voici onze parmi les meilleures, chacune clairement signalée comme légende, avec ce que l’on sait réellement et l’endroit où vous tenir pendant qu’on vous la raconte. Pour l’histoire complète de chaque monument, suivez les liens vers nos guides détaillés.

Le Roi vivant de Shah-i-Zinda

La ruelle entre les mausolées de Shah-i-Zinda
La ruelle entre les mausolées de Shah-i-Zinda

La légende. Kusam ibn Abbas vint à Samarcande pour prêcher. Lorsque des ennemis attaquèrent pendant la prière du vendredi, il ne mourut pas : il descendit dans un puits profond sous la colline, ou fut conduit dans des galeries souterraines par Khizr, l’immortel errant de la tradition islamique. Il y est toujours, vivant. C’est pourquoi le lieu s’appelle , « le Roi vivant ».

Ce que l’on sait. Kusam était un cousin du prophète Mahomet. Il prit part à la campagne arabe au-delà de l’Amou-Daria en 676 et mourut à Samarcande vers 677. Au XIe siècle, un mausolée s’élevait sur la tombe qu’on lui attribuait, et la famille de bâtit plus tard toute une rue de tombeaux autour. La tradition y ajoute une légende plus modeste : comptez les marches de l’escalier à la montée et à la descente ; si les nombres concordent, vos péchés vous sont pardonnés.

Sur place. Le sanctuaire de Kusam se trouve en haut de la ruelle, derrière un écran de bois sculpté. C’est un lieu de prière en activité : avancez en silence. Plus de détails dans notre guide de Shah-i-Zinda.

Bibi-Khanym et le baiser de l’architecte

Le grand portail de la mosquée Bibi-Khanym
Le grand portail de la mosquée Bibi-Khanym

La légende. Pendant que Timur était en guerre, son épouse lui fit construire une mosquée pour le surprendre. Le jeune architecte tomba amoureux d’elle et ralentit les travaux, puis fixa son prix pour finir à temps : un baiser. Elle lui envoya des œufs peints : des couleurs différentes, dit-elle, mais tous ont le même goût, et il en va de même des femmes. Il répondit par deux coupes, l’une d’eau, l’autre de vin. Elles se ressemblent, dit-il, mais une seule met le feu au cœur. Elle consentit au baiser, qui laissa sur sa joue une marque que Timur remarqua dès son retour. La fin de l’histoire dépend de celui qui la raconte.

Ce que l’on sait. La mosquée fut le projet de Timur lui-même, commencé en 1399 après sa campagne en Inde. Saray Mulk Khanum, l’épouse connue sous le nom de Bibi-Khanym, fit bâtir sa propre de l’autre côté de la rue.

Sur place. Tenez-vous sous le portail de 35 mètres, puis traversez la rue jusqu’au petit mausolée, seul vestige de sa madrasa. Plus de détails dans notre guide de Bibi-Khanym.

Le lutrin de marbre du Coran et le vœu d’enfants

La cour de Bibi-Khanym, où se trouve aujourd’hui le lutrin de marbre
La cour de Bibi-Khanym, où se trouve aujourd’hui le lutrin de marbre

La croyance. Dans la cour de cette même mosquée repose un gigantesque lutrin pour le Coran, taillé dans le marbre. À Samarcande, on dit qu’une femme qui passe dessous à quatre pattes aura beaucoup d’enfants, et des générations de femmes l’ont fait.

Ce que l’on sait. Le lutrin fut commandé par , petit-fils de Timur, et mesure environ 2,3 mètres de long. Il se trouvait d’abord dans le sanctuaire principal, sous la coupole, avant d’être déplacé à l’extérieur. Il fut conçu pour un Coran de format géant, aux pages hautes de près de deux mètres.

Sur place. Au milieu de la cour. Il a près de six cents ans et il est fragile : aujourd’hui, l’usage est de le regarder et de le photographier, pas d’y grimper.

La pierre de jade qui revint à Samarcande

La coupole côtelée de Gur-e-Amir, le mausolée de Timur
La coupole côtelée de Gur-e-Amir, le mausolée de Timur

La légende. En 1740, le souverain perse Nader Shah emporta la pierre vert sombre qui recouvrait la tombe de Timur. En chemin, elle se fendit en deux. Ses conseillers y virent un mauvais présage et le pressèrent de la renvoyer : c’est ainsi que la pierre revint à Samarcande.

Ce que l’on sait. La pierre est en néphrite, une variété de jade, et fut apportée à Samarcande par Ulugh Beg en 1425. Elle est bel et bien partie avec Nader Shah, et elle est bel et bien en deux morceaux. Sa longue inscription remonte la lignée de Timur sur de nombreuses générations.

Sur place. À l’intérieur de , au centre, derrière la clôture de marbre : la pierre sombre parmi les pierres claires. Cherchez la fissure. Plus de détails dans notre guide de Gur-e-Amir.

Sept cheveux sous la coupole de Rukhabad

La légende. Lorsque les bâtisseurs fermèrent la coupole du mausolée de Rukhabad, ils y scellèrent un coffret contenant sept cheveux du prophète Mahomet. Le nom Rukhabad signifie « demeure de l’esprit ».

Ce que l’on sait. Le mausolée s’élève sur la tombe du cheikh Burhan al-Din Sagarji, prédicateur de l’islam mort loin à l’est ; son fils rapporta son corps à Samarcande. On date généralement l’édifice des environs de 1380, à l’époque de Timur. Contrairement aux grands tombeaux timourides, il n’a pas de haut portail : on y entre par trois accès identiques.

Sur place. À quelques minutes à pied de Gur-e-Amir : les deux se visitent ensemble.

Les tigres de Sher-Dor et le léopard de Samarcande

Les félins rayés et les soleils levants au-dessus de l’arc de Sher-Dor
Les félins rayés et les soleils levants au-dessus de l’arc de Sher-Dor

La légende. Lorsque Samarcande fut bâtie, un léopard descendit des montagnes, fit le tour des nouveaux remparts comme pour les inspecter, puis regagna les collines. Les habitants y virent une bénédiction et mirent le grand félin sur leurs étendards.

Ce que l’on sait. Les félins les plus célèbres de la ville ornent l’arc de la madrasa , achevée en 1636. Rayés, mais dotés d’une crinière de lion, ils poursuivent des biches blanches, tandis qu’un soleil à visage humain se lève sur leur dos. Le nom signifie « qui a des lions » ou « qui a des tigres », et Samarcande en débat encore. Le motif est bien plus ancien que l’édifice, et le lion au soleil figurait au verso du billet de 200 soums de 1997.

Sur place. Sur le Registan, la madrasa à votre droite quand vous faites face à la place. Plus de détails dans notre guide du Registan.

L’inconnu du premier cours d’Ulugh Beg

Le Registan : la madrasa d’Ulugh Beg est à gauche
Le Registan : la madrasa d’Ulugh Beg est à gauche

La légende. Alors que sa madrasa était presque achevée, on demanda à Ulugh Beg qui en serait le premier maître. Celui qui en sait le plus dans toutes les sciences, répondit-il. Un homme d’apparence modeste sortit de la foule et se proposa. Quatre-vingt-dix savants vinrent à sa leçon inaugurale. À la fin, deux seulement parvenaient encore à le suivre : l’astronome Qadi Zada et Ulugh Beg lui-même.

Ce que l’on sait. La madrasa ouvrit dans les années 1420 et, sous Ulugh Beg, sa matière principale était l’astronomie. Il choisissait lui-même ses professeurs après les avoir interrogés, et Qadi Zada était de ceux-là.

Sur place. La plus ancienne des trois madrasas du Registan, à gauche quand vous faites face à la place.

La bibliothèque cachée d’Ulugh Beg

L’arc conservé du sextant d’Ulugh Beg
L’arc conservé du sextant d’Ulugh Beg

La légende. Après la mort d’Ulugh Beg, sa bibliothèque, qui aurait compté 15 000 livres, était menacée. Son élève Ali Qushji emporta la plupart des ouvrages hors de la ville jusqu’au village de Hazrat Bashir et les cacha. On se demande encore où.

Ce que l’on sait. L’observatoire d’Ulugh Beg, construit dans les années 1420, produisit un catalogue de 1 018 étoiles et mesura la durée de l’année avec une précision remarquable. Ali Qushji emporta plus tard ce savoir vers l’ouest, jusqu’à Istanbul.

Sur place. À l’observatoire, sur la colline de Kouhak, où l’arc du sextant géant est taillé dans la roche. Plus de détails dans notre guide de l’observatoire d’Ulugh Beg.

Daniel et la tombe qui grandit

Afrasiyab, la colline de l’ancienne Samarcande
Afrasiyab, la colline de l’ancienne Samarcande Akhemen / Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0

La légende. Timur avait entendu dire que la terre qui garde les restes du prophète Daniel ne manquera jamais de bénédictions ; aussi rapporta-t-il de campagne des reliques de Daniel à Samarcande. Une fois les reliques inhumées, la tombe se mit à s’allonger d’elle-même. Une source voisine serait apparue sous le sabot d’un cheval, et les pèlerins en boivent l’eau pour leur santé.

Ce que l’on sait. Le mausolée de Khoja Doniyor se dresse sur le flanc est d’Afrasiyab, la colline de l’ancienne Samarcande, au-dessus du ruisseau . Ses cinq coupoles abritent une tombe d’environ 18 mètres de long. Musulmans, chrétiens et juifs y viennent tous ; certains chercheurs pensent que Khoja Doniyor était un compagnon de Kusam ibn Abbas. Un pistachier desséché près de la crypte, raconte la ville, a repris vie après que le patriarche Alexis II eut béni le lieu en 1996.

Sur place. De l’autre côté d’Afrasiyab, à quelques minutes de taxi de l’observatoire. Portez une tenue correcte et descendez jusqu’à la source.

Le papier des prisonniers de Talas

La roue à eau de l’atelier de papier de Konigil
La roue à eau de l’atelier de papier de Konigil

La légende. Des prisonniers chinois, amenés à Samarcande après la bataille de Talas en 751, livrèrent à la ville le secret du papier. En une génération, le devint célèbre dans tout le monde islamique.

Ce que l’on sait. Le récit fut mis par écrit au XIe siècle. Les historiens sont plus prudents : le papier était connu à Samarcande des décennies avant 751, et le métier est très probablement arrivé peu à peu par les routes commerciales. La renommée, elle, relève bien de l’histoire.

Sur place. À l’atelier de , hors de la ville, où l’on fabrique de nouveau le papier à la main à partir d’écorce de mûrier. Plus de détails dans notre guide du papier de Samarcande.

Le pain qui refusait de voyager

Le bazar de Siab, où l’on vend chaque matin le pain de Samarcande
Le bazar de Siab, où l’on vend chaque matin le pain de Samarcande

La légende. Un khan de Boukhara aimait tant le qu’il fit venir à sa cour le meilleur boulanger de la ville, avec son four, sa farine et son eau. Le pain sortit pourtant différent. Un ingrédient, expliqua le boulanger, ne pouvait pas voyager : l’air de Samarcande.

Ce que l’on sait. Le non de Samarcande cuit contre les parois d’un four d’argile, le tandir, et il est plus fin au centre que sur les bords. Il se conserve longtemps et se ranime facilement, c’est pourquoi les voyageurs en rapportent chez eux.

Sur place. Au bazar de Siab, à côté de Bibi-Khanym, de préférence le matin. Plus de détails dans notre guide des bazars d’Ouzbékistan.

Une journée de légendes : comment l’organiser

  • Matin : le Registan dès l’ouverture, puis 10 minutes à pied par la rue piétonne jusqu’à Bibi-Khanym et au bazar de Siab. Shah-i-Zinda se trouve environ 800 mètres plus loin.
  • Midi : un taxi jusqu’à l’observatoire et à Khoja Doniyor, de l’autre côté d’Afrasiyab.
  • Fin d’après-midi : Gur-e-Amir et Rukhabad, tout proches l’un de l’autre ; le Registan de nouveau à la nuit tombée.
  • Konigil : une demi-journée à part, hors de la ville.
  • Durée : une journée complète pour les légendes de la ville, deux si vous ajoutez Konigil et voulez prendre votre temps.
  • Billets et horaires : consultez notre page Samarcande : sites, billets et horaires. Dans les sanctuaires, couvrez épaules et genoux ; les femmes prévoiront un foulard.

Notre guide Samarcande en 1, 2 ou 3 jours montre comment tout faire tenir. Pour le reste de la ville, consultez notre guide de Samarcande et nos circuits à Samarcande.

En bref

  • Les légendes de Samarcande se racontent là où elles se sont déroulées : écoutez chacune sur place.
  • Le Roi vivant, le baiser de l’architecte, la pierre de jade et le pain relèvent de la légende ; les monuments, les dates et la fissure de la pierre sont bien réels.
  • Deux croyances, celle du lutrin de marbre et celle des marches de Shah-i-Zinda, font partie de la visite elle-même ; devant le lutrin, regardez plutôt que de grimper.
  • Le Registan, Bibi-Khanym, Siab et Shah-i-Zinda se font à pied ; l’observatoire et Khoja Doniyor demandent un court trajet en taxi.
© Crédits photo

Plus sur ce sujet

Circuits clés en main

Des circuits pour découvrir tout cela par vous-même.

Trouvez le circuit qui vous correspond → Tous les circuits vers Samarcande (16) →

Vous n’avez pas trouvé votre voyage ?

Dites-nous ce que vous souhaitez — un conseiller vous proposera un itinéraire et un prix sous 24 heures.

Pourquoi nous faire confiance

AlexandraKseniaVous échangez avec: Alexandra, Ksenia · L’équipe →

Tous les documents et informations légales →