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Le Régistan de Samarcande : histoire, légendes et comment le voir
Équipe AroundCA

Lieux cités dans cet article : Samarcande

Le Régistan de Samarcande : histoire, légendes et comment le voir

Placez-vous au milieu du Régistan et tournez lentement sur vous-même. À gauche, la où Oulough Beg, un souverain qui préférait les étoiles aux conquêtes, enseignait l’astronomie il y a six cents ans. À droite, son reflet, bâti deux siècles plus tard par un gouverneur qui voulait l’égaler, avec des tigres et des soleils à visage humain au-dessus de l’entrée. En face, derrière une façade paisible à deux niveaux, une mosquée dont la coupole brille de feuilles d’or.

Nous amenons nos voyageurs ici chaque semaine, à l’ouverture et après la tombée de la nuit, et la place n’est jamais deux fois la même. Voici le Régistan tel que le racontent nos guides : l’histoire, les légendes (présentées comme telles), les détails que presque tout le monde manque et comment préparer votre visite.

Pourquoi le Régistan est le « lieu de sable »

Les trois médersas du Régistan
Les trois médersas du Régistan

Régistan signifie en persan « lieu de sable », et c’était le nom habituel de la grand-place dans les villes d’Asie centrale. Celle de Samarcande fut un marché et un lieu de rassemblement bien avant de devenir un monument. On y proclamait les décrets des souverains au son de trompes de cuivre, et la foule s’y pressait pour les fêtes comme pour les exécutions publiques.

La place prit forme sous les Timourides. Oulough Beg, petit-fils de et souverain de Samarcande depuis 1409, bâtit sa médersa sur le côté ouest en 1417–1420. En 1424, une khanaka, un couvent soufi, s’éleva en face, et un caravansérail ferma le côté nord. Cette disposition dura environ deux cents ans.

La médersa d’Oulough Beg : une université des étoiles

La médersa d’Oulough Beg la nuit, avec un minaret de Cher-Dor à droite
La médersa d’Oulough Beg la nuit, avec un minaret de Cher-Dor à droite

Oulough Beg avait 23 ans quand commença le chantier de sa médersa : 81 mètres sur 56, avec deux niveaux de cellules d’étudiants autour d’une cour et quatre minarets.

Ce n’était pas une école religieuse ordinaire. La matière principale était l’astronomie, enseignée avec les mathématiques, la géométrie, la logique, les sciences naturelles et la théologie. Oulough Beg choisissait lui-même les maîtres et les interrogeait un par un. Parmi eux, l’astronome Qadi Zada al-Roumi et le mathématicien Djamchid al-Kachi, et le souverain y donnait lui-même des cours.

Quatre ans plus tard, Oulough Beg construisit son sur une colline hors de la ville. Son catalogue d’étoiles en compte 1018 : le deuxième catalogue de ce genre en dix-sept siècles, après celui d’Hipparque. Dans la cour, levez les yeux au-dessus des portes des cellules. Une inscription en mosaïque cite la parole du Prophète selon laquelle la quête du savoir est la meilleure des actions.

Légende : l’inconnu qui donna le premier cours

C’est une légende, pas une chronique. Quand la médersa fut presque achevée, on demanda à Oulough Beg qui en serait le premier maître. Celui qui en sait le plus dans toutes les sciences, répondit-il. Un homme d’allure modeste sortit de la foule et se proposa. Oulough Beg le laissa donner le cours inaugural. Quatre-vingt-dix savants vinrent l’écouter. À la fin, deux seulement pouvaient le suivre : Qadi Zada et Oulough Beg lui-même.

L’histoire retient bel et bien que le premier maître fut Maoulana Mouhammad Khavafi, un derviche errant d’humble naissance, célèbre pour son savoir.

Cher-Dor : la médersa aux tigres

La médersa Cher-Dor vue d’en haut
La médersa Cher-Dor vue d’en haut

En 1619, Yalangtouch Bahadour, gouverneur de Samarcande pour le compte des khans de Boukhara, fit démonter la khanaka d’Oulough Beg et réemployer ses matériaux pour une nouvelle médersa au même endroit. , achevée en 1636, fait face à la médersa d’Oulough Beg comme un reflet. L’architecte était Abdoul Djabbar ; le décor est l’œuvre de Mouhammad Abbas.

C’est un miroir avec une surprise. En deux cents ans, le sol de la place s’était élevé d’environ deux mètres : la copie est donc plus trapue que l’original. Son portail mesure 31,5 mètres, ses minarets 31.

Les tigres, le cerf et le soleil

Les tigres du portail de Cher-Dor
Les tigres du portail de Cher-Dor

Levez les yeux vers l’arc. De chaque côté, un grand félin rayé à crinière de lion poursuit un cerf blanc, et de son dos se lève un soleil au visage humain. Cher-Dor signifie « qui a des lions » ou « qui a des tigres », et l’on en débat encore.

Les représentations d’êtres vivants sont rares dans l’architecture religieuse islamique, et c’est pourquoi ce portail arrête tous les regards. Le motif est plus ancien que l’édifice : le lion au soleil remonte aux monnaies seldjoukides du XIIe siècle. C’est aujourd’hui l’une des images les plus connues de l’Ouzbékistan. Il figurait au verso du billet de 200 soums de 1997, et le billet vert de 5000 soums émis en 2021 montre la médersa Cher-Dor elle-même. Jetez un œil à votre portefeuille avant d’arriver sur la place.

Légende : le léopard qui approuva la ville

Autre légende : quand Samarcande fut bâtie, un léopard descendit des montagnes, fit le tour des nouveaux remparts comme pour les inspecter, puis repartit vers les collines. Les habitants y virent une bénédiction et mirent le léopard sur leurs étendards. Les grands félins les plus célèbres de la ville sont ceux de l’arc de Cher-Dor : c’est donc juste en dessous que nous racontons cette histoire.

Tilla-Kari : la mosquée dorée

La coupole dorée à l’intérieur de la mosquée de Tilla-Kari
La coupole dorée à l’intérieur de la mosquée de Tilla-Kari

La troisième médersa fut construite en 1646–1660 à l’emplacement de l’ancien caravansérail, en partie sur ses fondations. Yalangtouch Bahadour la commanda aussi, mais ne vécut pas assez pour la voir achevée. étant en ruine, Tilla-Kari fut conçue à la fois comme médersa et comme mosquée du vendredi de la ville, et resta la mosquée principale jusqu’aux années 1920.

Son nom signifie « dorée », et on le comprend dès qu’on entre dans la salle de prière, côté ouest de la cour. Murs et coupole sont couverts de kundal, une peinture en léger relief rehaussée de feuilles d’or sur un fond bleu profond.

Une grande partie est l’œuvre des restaurateurs. Le séisme de 1817–1818 fit tomber le haut du portail. La coupole extérieure turquoise au-dessus de la mosquée ne fut construite que dans les années 1970, et l’intérieur peint et doré fut achevé en 1979. Le bâtiment abrite aussi une exposition sur la restauration du Régistan.

Séismes et minarets redressés

Un minaret de céramique et une coupole côtelée sur le Régistan
Un minaret de céramique et une coupole côtelée sur le Régistan

Samarcande se trouve en zone sismique, et le XIXe siècle fut rude pour la place. L’un des minarets ouest de la médersa d’Oulough Beg s’effondra en 1870. Des photographies publiées en 1901 montrent ses ailes nord et sud réduites à des tas de gravats.

À l’automne 1918, on s’aperçut que le minaret nord-est de la médersa d’Oulough Beg penchait. Les préparatifs pour le sauver prirent dix ans. En 1932, Vladimir Choukhov, l’ingénieur moscovite célèbre pour ses tours d’acier ajourées, le redressa : ce fut son dernier travail d’ingénieur. Le minaret sud-est suivit en 1965, sous la direction de l’ingénieur E. M. Gendel.

La restauration dura plus de soixante-dix ans. Dans les années 1950 et 1960, le sol autour de la médersa d’Oulough Beg fut abaissé de deux mètres. Dans les années 1990, son étage de cellules disparu fut reconstruit. En 2001, le Régistan est entré sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO dans le cadre de « Samarcande, carrefour de cultures ».

Les soirées au Régistan : lumière et musique

Un spectacle de lumière sur les façades du Régistan
Un spectacle de lumière sur les façades du Régistan

À la nuit tombée, les trois façades sont illuminées, et certains soirs un spectacle son et lumière projette des images en 3D sur les médersas. Il s’interrompt parfois pour maintenance : nous vérifions donc le programme le jour même pour nos voyageurs.

La place est aussi une scène. À partir de 1997, le festival international de musique Sharq Taronalari s’y est tenu tous les deux ans, en plein air entre les médersas ; l’édition 2024 a déménagé au complexe Eternal City, en périphérie. Le 6 septembre 2026, le pianiste Lang Lang a joué au Régistan avec l’Orchestre symphonique national d’Ouzbékistan. La suite : notre calendrier des festivals.

Le saviez-vous ?

  • L’archéologue Vassili Viatkine, qui découvrit l’observatoire d’Oulough Beg en 1908, fut inhumé sur le Régistan en 1932. Deux ans plus tard, il fut réinhumé près de l’observatoire.
  • Derrière Cher-Dor se trouve Tchorsou, une coupole marchande du XVIIIe siècle. En 2005, les restaurateurs ont dégagé trois mètres de terre pour lui rendre toute sa hauteur ; c’est aujourd’hui une galerie d’art.
  • À côté de Tilla-Kari reposent les pierres tombales des souverains chaybanides ; la plus récente date de 1586.
  • En 1989, l’Union soviétique a émis une pièce de 5 roubles à l’effigie du Régistan.

Le Régistan en dates

AnnéeCe qui s’est passé
1417–1420Oulough Beg bâtit sa médersa
1424Une khanaka s’élève en face
1619–1636Cher-Dor remplace la khanaka
1646–1660Tilla-Kari, médersa et mosquée du vendredi
1817–1818Séisme : le haut du portail de Tilla-Kari s’effondre
1932Choukhov redresse le minaret nord-est
1965Le minaret sud-est est redressé
1979L’intérieur doré de Tilla-Kari est restauré
2001Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO

Visiter le Régistan : billets, horaires et nos conseils

Le Régistan le soir
Le Régistan le soir
Promenade le long des médersas du Régistan
  • Billet : 100 000 soums pour un adulte étranger, 50 000 soums de 7 à 18 ans, gratuit pour les plus jeunes. Achat sur tickets.registon.uz avec paiement en ligne.
  • Horaires : à partir de 8 h jusqu’au soir, plus tard en saison et moins tard en hiver.
  • Lumière : venez à l’ouverture, quand le soleil du matin éclaire la médersa d’Oulough Beg. Cher-Dor, en face, prend la lumière de l’après-midi. Puis revenez à la nuit tombée.
  • Durée : 1 h 30 à 2 heures, plus une courte visite le soir.
  • Tenue : épaules et genoux couverts, surtout dans la mosquée de Tilla-Kari. Plus de détails dans notre guide comment s’habiller en Ouzbékistan.
  • Photos : autorisées ; renseignez-vous à la caisse sur un éventuel droit de tournage.
  • Achats : les cellules du rez-de-chaussée autour des cours, autrefois chambres d’étudiants, abritent aujourd’hui des vendeurs de souvenirs : foulards de soie, ikat, céramiques, tapis. Marchander est la règle.

Samarcande est à 2 h 30 de Tachkent en train rapide : voir de Tachkent à Samarcande et les trains en Ouzbékistan. Pour le reste de la ville : Samarcande en 1, 2 ou 3 jours, sites de Samarcande, billets et horaires et notre guide de Samarcande. Avec un guide, la place fait partie du circuit des incontournables de Samarcande et de nos autres circuits à Samarcande.

En bref

  • Trois médersas bâties sur plus de deux siècles : Oulough Beg (1417–1420), Cher-Dor (1619–1636) et Tilla-Kari (1646–1660).
  • Oulough Beg y enseignait l’astronomie ; son catalogue compte 1018 étoiles.
  • Les tigres au soleil de Cher-Dor sont une image rare dans l’architecture islamique, et vous les retrouverez sur les billets ouzbeks.
  • Les minarets que vous voyez ont été redressés en 1932 et 1965, et l’or de Tilla-Kari restauré en 1979.
  • Achetez votre billet en ligne, venez à 8 h et revenez à la nuit tombée.

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