
Lieux cités dans cet article : Samarcande · Boukhara · Tachkent
Le suzani : la broderie ouzbèke, où la voir et comment la choisir
Regardez de près un vieux Le saviez-vous ? Un suzani était souvent brodé par plusieurs femmes à la fois Un membre de la famille ou une dessinatrice de motifs, la kalamkash, traçait le dessin sur des bandes de coton. Plusieurs femmes de la famille ou du quartier brodaient les bandes en même temps ; recousues, leurs coutures ne concordent jamais tout à fait. En savoir plus → et vous verrez souvent que le motif saute à une couture : une tige s’arrête, puis reprend quelques millimètres plus haut, et le rouge d’un côté n’est pas tout à fait le rouge de l’autre. Ce n’est pas une erreur. C’est la signature de la manière dont les suzanis étaient faits : par plusieurs femmes à la fois, chacune avec sa propre bande de tissu.
Le suzani est la grande étoffe brodée de l’Ouzbékistan, et vous en verrez partout : aux murs des musées, dans les halls d’hôtel, en rouleaux au bazar. Voici notre guide de la broderie ouzbèke : d’où elle vient, comment elle était réalisée, ce qui distingue les écoles de Boukhara, Nourata, Samarcande et Chakhrisabz, où voir de belles pièces et comment distinguer le travail à l’aiguille de celui d’une machine avant d’acheter.
Qu’est-ce qu’un suzani
Le nom vient du mot persan qui signifie « aiguille ». Un suzani est un grand textile brodé, souvent long de plusieurs mètres, qu’une jeune fille préparait pour sa dot et qui était offert le jour de son mariage. C’était le textile le plus important de la dot ; dans la maison, il servait de couvre-lit, de housse pour la pile de couettes et de vêtements, ou de tenture murale.
La broderie est ancienne dans cette partie du monde. Au début du XVe siècle, Ruy González de Clavijo, l’envoyé castillan à la cour de Le saviez-vous ? Pourquoi l'Europe appelle Timour « Tamerlan » Les sources persanes le nommaient Timur-i Lang, « Timour le Boiteux », à cause de vieilles blessures à la jambe et au bras droits. En 1941, l'anthropologue Mikhaïl Guérassimov, qui étudia sa tombe, confirma ces blessures et reconstitua son visage. En savoir plus → à Samarcande, décrivit des broderies qui étaient probablement les ancêtres du suzani. Le tissu est pourtant fragile, et très peu de suzanis antérieurs à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle ont survécu ; la plupart des pièces des musées datent du XIXe siècle.
Comment on fabrique un suzani

Tout commence par le dessin. Un membre de la famille ou une kalamkash, une femme dont le métier était de dessiner les motifs, traçait le décor sur des bandes de coton assemblées de façon lâche. Puis les bandes étaient séparées et distribuées : différentes femmes de la famille ou du quartier les brodaient en même temps. Une fois toutes les bandes terminées, on les cousait de nouveau ensemble. C’est pourquoi les coutures d’un suzani fait main montrent de petits décalages dans le motif et dans la couleur du fil.
Le fond classique était un coton tissé à la maison ; les fonds de soie sont apparus à Boukhara, Samarcande et Chakhrisabz vers la fin du XIXe siècle. Le fil était de soie, souvent issue de vers à soie élevés à la maison. Les couleurs venaient des plantes : la racine de garance pour les rouges, l’écorce de grenade, les pelures d’oignon, le safran. Le fil industriel et les teintures synthétiques sont arrivés dans les années 1890.
Les points : basma, yurma et iroqi
Trois points méritent d’être connus par leur nom, car les vendeurs les emploient.
- Le basma est un point couché qui couvre entièrement de grandes surfaces du motif. La plupart des suzanis de Samarcande sont brodés ainsi. Il demande beaucoup de fil et de temps, car l’envers est lui aussi densément brodé.
- Le yurma est un point de chaînette. À Gijduvan, près de Boukhara, on le travaillait avec un petit crochet, à Boukhara même avec une aiguille ; de près, il ressemble à une fine chaîne.
- L’iroqi est une variante du point de croix, très petit et régulier, posé si serré qu’il couvre entièrement le tissu : les pièces de musée de Chakhrisabz comptent plus de dix points au centimètre carré.
Les motifs et leur signification
Les grandes rosaces rondes qui remplissent tant de suzanis sont le soleil et la lune. À Tachkent, un suzani de ce type s’appelle palak, « le ciel », ou oy-palak, « le ciel de lune ». Autour d’elles pousse un jardin : fleurs, feuilles et vrilles, un vœu de bonheur, d’abondance et d’enfants.
Selon la tradition, certains motifs ont un sens particulier. La grenade, pleine de graines, symbolise la fertilité. Le piment protège du mauvais œil. Les brodeuses disent aussi qu’une petite partie du motif reste toujours inachevée, pour que l’ouvrage, comme la vie, continue.
Les écoles du suzani : Boukhara, Nourata, Samarcande, Chakhrisabz
Chaque centre de broderie avait sa propre main, et un bon vendeur saura vous dire d’où vient une pièce.
- Boukhara : des compositions denses, pleines de petits détails, brodées au point de chaînette fin ; au XIXe siècle, certaines pièces ajoutaient du fil d’or à la soie.
- Nourata : un grand centre rond entouré de branches fleuries, brodé en soie sur un coton clair aux couleurs douces. Un motif traditionnel s’appelle chor shohu, yak moh, « quatre branches, une lune ». Plus de détails dans notre guide de Nourata.
- Samarcande : des dessins plus grands et plus simples, avec des rosaces rondes aux tons framboise encadrées de feuilles, surtout au point basma.
- Chakhrisabz : des fonds colorés et souvent un grand médaillon central, proche de la composition d’un tapis, et le fin point iroqi. En août 2026, à la clôture du festival international de la broderie iroqi, le Conseil mondial de l’artisanat a désigné Chakhrisabz Le saviez-vous ? Kokand fut la première Ville mondiale de l’artisanat de la CEI En 2019, le Conseil mondial de l’artisanat, fondé en 1964 et affilié à l’UNESCO, a nommé Kokand Ville mondiale de l’artisanat pour la sculpture sur bois, une première dans la CEI. Les colonnes de la mosquée Juma et les plafonds du palais expliquent pourquoi. En savoir plus → pour la broderie.
Ourgout, à environ 40 km au sud-est de Samarcande, c’est une autre histoire : la ville est moins célèbre comme école que comme marché. Son bazar est le plus grand marché d’artisanat de la région de Samarcande, avec des suzanis anciens et neufs, et les allées textiles sont les plus fournies le dimanche et le mercredi.
Où voir des suzanis

À Tachkent, commencez par le Musée des arts appliqués, qui conserve plus de 7 000 pièces d’artisanat populaire, dont des broderies. Une heure sur place exerce votre œil avant les bazars. Le Musée national des arts d’Ouzbékistan conserve d’anciens suzanis de Boukhara et de Nourata, dont une pièce de Nourata datée de 1827–1832.
À Boukhara, le palais d’été Sitoraï Mokhi-Khossa est un musée depuis 1927, avec des suzanis et des robes brodées d’or. Dans la vieille ville, des ateliers de broderie vous laissent observer le travail. Nos excursions d’une journée depuis Boukhara expliquent comment rejoindre le palais.
Chakhrisabz, berceau de l’iroqi, se visite en une journée depuis Samarcande par le col de montagne, avec l’Les ruines du palais d’Amir Timour à Chakhrisabz, sa ville natale. De l’immense arche d’entrée, seuls quelques fragments sont encore debout. En savoir plus → et les monuments de la famille de Tamerlan. Notre excursion à Chakhrisabz comprend un guide, le transfert et les billets d’entrée ; la ville elle-même est présentée dans notre guide Chakhrisabz en une journée.
Pour voir le travail de l’intérieur, notre circuit privé Artisanat de Boukhara et de Samarcande consacre cinq jours aux maîtres artisans des deux villes, du papier de Un village près de Samarcande où l’on fabrique encore le papier à la main à partir d’écorce de mûrier, à l’ancienne, dans un moulin en activité au bord du ruisseau. à la broderie d’or et aux suzanis de Boukhara. Notre article plus ancien sur la céramique, les tapis et les suzanis présente les autres artisanats.
Distinguer la broderie à la main du travail à la machine

Les suzanis brodés à la machine ou imprimés se vendent à côté des suzanis faits main, souvent dans la même échoppe. Il n’y a rien de mal à acheter l’un ou l’autre, tant que vous savez pour quoi vous payez. Nos guides apprennent à nos voyageurs cinq vérifications :
- Retournez-le. Au dos d’une broderie à la main, les points varient en longueur et en tension, et l’on voit des nœuds et des fils qui passent d’une fleur à l’autre. Le travail à la machine paraît régulier au dos, rang après rang.
- Cherchez le dessin. Sur les pièces faites main, le tracé dessiné du décor apparaît parfois au bord d’un motif.
- Comparez deux motifs identiques. À la main, deux rosaces ne sont jamais tout à fait pareilles. Si elles correspondent point pour point, c’est une machine.
- Vérifiez les coutures. Un grand suzani fait de manière traditionnelle est assemblé à partir de bandes, et le motif se décale légèrement là où elles se rejoignent.
- Est-il vraiment brodé ? Un tissu imprimé n’a pas de points en relief et son envers est pâle.
La broderie à la main prend du temps, et le prix le reflète. Les petites pièces brodées à la main, comme les housses de coussin ou un nim-suzani, un demi-suzani, sont le moyen le plus simple de posséder un vrai travail à l’aiguille. Pour en savoir plus sur les achats au bazar, consultez nos guides que rapporter d’Ouzbékistan et les bazars d’Ouzbékistan.
Rapporter un suzani ancien
La limite est de cinquante ans. Les pièces de 50 ans ou plus restent en Ouzbékistan. Les pièces plus récentes ayant une valeur artistique peuvent nécessiter un certificat d’exportation du ministère de la Culture, tandis que les suzanis faits à la machine, les suzanis réalisés au cours des 50 dernières années et l’artisanat populaire moderne fait main n’en ont pas besoin. Demandez un reçu pour chaque suzani acheté, et si un vendeur qualifie une pièce d’ancienne, demandez le certificat avant de payer. Toutes les règles sont dans notre article sur l’enregistrement et la douane en Ouzbékistan.
En bref
- Le suzani est une grande étoffe de dot brodée ; la plupart des pièces anciennes conservées datent du XIXe siècle.
- Il était dessiné par une kalamkash et brodé par bandes par plusieurs femmes, d’où les décalages du motif aux coutures.
- Boukhara est dense et fine, Nourata a un grand centre rond, Samarcande de grandes rosaces framboise, Chakhrisabz le minuscule point iroqi.
- Voyez les plus belles pièces dans les musées de Tachkent et au palais Sitoraï Mokhi-Khossa à Boukhara avant d’acheter.
- Retournez chaque pièce, gardez le reçu et laissez dans le pays tout ce qui a 50 ans ou plus.
© Crédits photo
- A suzani being embroidered in a Bukhara workshop — Ji-Elle / Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0



